OM. Quand Paulo Cesar s'invite chez les Winners
L'âge n'est qu'un chiffre, un état d'esprit. 75 printemps au compteur, l'éternel Paulo César n'en avait plus qu'une dizaine, ce vendredi à la tombée de la nuit. Assis entre la coupe aux grandes oreilles, une réplique soigneusement couvée par les Gremlins, et son épouse, l'Auriverde, écharpe de l'OM autour du cou, est soudain retombé en enfance. Quand, derrière lui pour la photo de famille, la nouvelle vague des South Winners a repris son hymne à tue-tête, son visage s'est déridé, ses yeux écarquillés et éclairés. Tapant des pieds et des mains, comme un gamin, le fringant Carioca a poussé sa voix rauque : "Mais au-delà de la victoire, ton histoire fait notre gloire."
Justement... gloire et histoire. L'OM renoue avec ce week-end, dans le sillage de sa légende. L'autoproclamé "pionnier", de retour à Marseille, sa terre d'adoption, où il fut en 1974 le premier champion du monde (1970) à porter les couleurs d'un club français. Une tournée d'une semaine, rythmée par une visite à La Commanderie, ses retrouvailles avec son cher Vélodrome, "qui a tant changé", un repas avec ses anciens camarades, et cette fameuse halte au local des SW87.
"L'amour entre Paulo César et Marseille"
Il suffit de peu pour combler un homme. Même si celui-ci a eu cent vies, empilé les titres, les buts, les femmes et les rails... Quelques poignées de main, des autographes, les souvenirs de ses fans, ceux qui l'ont vu (jouer) ou qui l'ont entendu (de la bouche de leurs aînés), exhumés de cette inoubliable saison 1974-75 où il dansait balle au pied avec "Jair", Jairzinho pour le public. "Je suis ravi, content, ému. Être au contact des supporters, pour moi, il n'y a pas de meilleure sensation, souriait-il sous son bouc couleur neige. Je suis né dans les favelas, j'étais pauvre. Je sais ce que le foot représente pour le peuple. Le soutien du public, c'est aussi mon meilleur souvenir à l'OM. L'amour entre Paulo César et Marseille."
La Provence, où il a coulé quinze heureuses années après sa carrière, lui manquait. Depuis 2016, il n'y avait plus mis un pied. Le Brésilien pansait aussi, loin de la Bonne Mère, une peine de cœur. "J'étais un peu fâché avec l'OM. Je n'ai jamais reçu une carte d'invitation, pour me souhaiter bon anniversaire, Joyeux Noël ou Bonne année. Pareil pour les 125 ans du club, alors que je suis le pionnier oh !", s'emportait-il, sans rancune.
Dans son ombre, au local de la Belle-de-mai, un certain Jean-Pierre Bernès. Le médiateur, sans lequel Paulo César aurait encore regardé ses successeurs en ciel et blanc, depuis un bistrot de Copacabana. Un rituel auquel il se tient "chaque dimanche après-midi", décalage horaire oblige, malgré les récentes roustes face à Paris (0-3) et Auxerre (1-3). "Je ne veux plus regarder, mais c'est plus fort que moi. Je rallume toujours la tv, glisse le pimpant septuagénaire. J'espère que dimanche ils vont m'épargner, s'il vous plaît !"